|
Chacun est naturellement libre de son jugement mais la formule est tellement lapidaire et caricaturale qu’elle m’a fait penser à l’une des figures de la Commedia dell’arte que l’on retrouve aussi chez Pierre Corneille Matamore. Dans sa pièce « l’illusion comique », Corneille campe en effet un capitaine égocentrique et vantard qui n’existe que parce qu’il raconte. Confiné dans le paraître, il multiplie les rodomontades et les moulinets ne réussissant qu’à se convaincre lui-même de son importance. Car enfin, comment peut-on oser fanfaronner quand on connaît la réalité du triste bilan de l’action bretonne de l’Etat ?
Pour cela, laissez moi prendre quelques exemples :
4Je passe, mais cela mériterait de longs développements sur la dégradation de la situation économique, car elle n’est pas spécifiquement régionale. Je note quand même le taux de chômage enregistré dans notre région au 2ème trimestre 2005 est le plus mauvais depuis trois ans (8,3 %). L’INSEE relève d’ailleurs que le chômage des jeunes et des femmes a augmenté davantage en Bretagne qu’en France entière. En fait, la droite a infligé à notre région comme au pays une RTT obligatoire et sans compensation salariale : elle s’appelle le chômage de masse. Et l’avenir n’est guère plus attrayant puisque les chefs d’entreprises interrogés début juillet par l’INSEE étaient très pessimistes.
4 Je ne veux pas non plus revenir sur la loi de finances. Depuis 2002, les projets de lois de finances présentés par la droite se suivent et se ressemblent :
- des objectifs de croissance toujours irréalistes, qui ne visent qu’à permettre fictivement le bouclage des mesures annoncées (l’hypothèse est à 2,25 % alors que l’ensemble des instituts de conjoncture situe notre croissance entre 1,5 et 1,8%),
- des cadeaux toujours plus nombreux aux plus fortunés ;
- un creusement toujours amplifié de la dette des administrations.
Le budget 2006 n’échappe pas à la règle. Dans les annonces du Premier ministre, il n’y a rien d’efficace pour la croissance, rien de fort pour le pouvoir d’achat et rien de juste pour les impôts.
4 Plus spécifiquement, alors que nous préparions plan énergie pour la Bretagne, nous avons prêté une oreille intéressée aux déclaration du 2 septembre du Premier ministre annonçant son intention de donner, je cite « une vraie impulsion aux économies d’énergie ». Nous avons cru un instant ces propos. Malheureusement, les faits sont têtus : l’ADEME (Agence gouvernementale De l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie) ne disposera finalement pour 2005 que de 259,5 millions d’€ au lieu des 294,2 initialement prévus puisque les subventions du ministère de l’écologie sont amputées de 30 millions et celles du ministère de l’industrie sont rognées de 4,7 millions. De l’illusion à la vérité ce sont 30,7 millions de moins !
4Sur l’eau, je veux rappeler le décret interministériel du 30 mai 2005 qui autorise à présent l’extension des élevages industriels dans les « zones d’excédent structurel ». Il conduira à renforcer la concentration des productions là où les cheptels sont déjà les plus nombreux. Rappelons que sur les 140 cantons en ZES qui existent en France, 104 sont situés en Bretagne ! Mais aussi l’arrêté du ministre de l’environnement qui modifie les distances limites d’épandage par rapport aux cours d’eau et aux habitations. Il a abaissé de 50 à 15 mètres la limite d’épandage des lisiers par rapport aux maisons et réduit de 30 à 10 mètres la distance par rapport aux cours d’eau. Je note d’ailleurs combien le gouvernement était peu fier de sa faiblesse face aux lobbys productivistes puisque cet arrêté fut signé le 7 février mais publié seulement près de 6 mois plus tard le 31 mai !
Toujours dans le domaine de l’eau, l’état de trésorerie des agences qui il y a encore deux ans, vivaient sur des réserves financières suffisantes, s'est subitement dégradé. Depuis fin 2003 elles ont vu leurs budgets privés d'une part considérable des moyens nécessaires à la réalisation de leurs programmes d'action en particulier dans le domaine de la protection des ressources à destination des collectivités locales. L'agence de notre région Loire Bretagne ne fait pas exception. Sa plus grande vulnérabilité financière a d'ailleurs été récemment constatée par le président du Comité de bassin Loire Bretagne Ambroise Guellec. La faute en incombe directement à l’Etat. Pour financer ses actions dans le domaine de l’environnement, face à l'accroissement des déficits publics, celui ci n'a pas trouvé d'autre solution que de ponctionner dans la plus grande discrétion le budget des agences. Il a de plus transféré en janvier 2005 le poids financier du FNDAE (Fonds National d'Adduction d'Eau) et du FNSE (Fonds de Solidarité Eau) aux agences. Le coût de l'opération pour l'agence Loire Bretagne, qui n'en demandait pas tant, s'élève à près de 120 millions d'euros. Pour de nombreuses collectivités locales l'effet n'est pas neutre, alors qu'elles contribuent à hauteur de 85 % au budget des agences. En effet beaucoup de leurs projets d'investissements sont ou seront suspendus ou remis en cause pour 2005 et 2006, notamment dans les zones rurales. Dans ces conditions, la France sera dans l'incapacité de remplir ses engagements européens d'amélioration de la qualité des eaux qui, comme l'exige la Directive Cadre sur l'Eau (DCE) vise pour 2015 l’obtention d’un bon état écologique et chimique de nos ressources en eau. Finalement ces décisions de l’Etat seront supportées une fois de plus par les usagers au robinet (via la redevance payée sur la consommation de l’eau) et par les collectivités locales qui verront leurs subventions réduites pour leurs programmes d’assainissement et d’épuration à venir.
4Dans les politiques d ’aménagement du territoire, le seul rôle que joue l’Etat est celui du parjure. La liste de ses désengagements suffirait à occuper tout mon temps de parole. Aussi je me contente d’une brève série de dossiers où ses promesses ne seront vraisemblablement pas honorées.
- La Médiathèque Fougères où la participation de l’Etat prévue à l’origine était de 400 000 € pour un coût total de 5 583 000 €,
- L’EHPAD pour les personnes âgées dépendantes de Montauban 700 000 €,
- Le plan d’action « vieillir à Callac » 48 000 €,
- Le cinéma le Celtic de St Méen le Grand : 110 000 €,
- La maison des jeux bretons portée par la CC de Brocéliande 145 000 €,
- Le complexe sportif de Combourg : 300 000 €,
- Le Centre socio culturel de la commune de Saint Lunaire 86 000 €,
- La restauration de la maison de Bertho porté par la CC de la Roche Maurice,
- Le village de vacances de Silfiac : 200 000 €,
- l’Hébergement de Postofort de Crozon : 76 000 €
- Le domaine de Trévarez en Finistère : 314 000 €.
En résumé, si l’Etat prétend être « stratège » comme l’a revendiqué son représentant régional dans sa conférence de presse, il le fait avec l’argent des autres. Car bien évidemment, tous les porteurs de ces différents projets, pleins de désillusion, se retournent vers la région dont nous savons bien que la modestie de ses moyens, lui interdit de compenser.
4 Transfert des TOS compensé à l’€ près : là aussi illusion ou vérité ?
Alors que les régions refusaient le transferts des TOS en raison de la probable non compensation « à l’euro près » des transferts de personnels, certains, ici même, criaient mensonge – l’audit du cabinet KPGM a évalué entre 7,35 et 9,18 millions d’€ le coût de l’opération pour la Région et souligne même les importantes divergences relatives au nombre d’agents concerné par rapport aux chiffres annoncés par l’Etat ! Non seulement nos craintes, six mois plus tard, s’avèrent parfaitement fondées, mais il apparaît en outre que nous avons parfois sous-estimé certains écueils, alors que d’autres surgissent à chaque instant ou presque.
4 Suppression des trains « corail » .
Chacun sait que les nouvelles propositions toutes insatisfaisantes qu’elles soient n’émanent pour le moment que de l’entreprise nationale. L’Etat, une fois de plus, est le seul à ne consentir aucun effort financier.
Alors on comprendra que c’est avec amertume que nous écoutons, que nous lisons, que nous entendons le Premier mais aussi le Second ministre plastronner sur les antennes munis de leurs épées de bois. Ayant débuté mon intervention en me plaçant sous le patronage de Corneille, je veux l’achever de même. Dans sa pièce, la tragédie, en fin de compte, n’en constitue pas véritablement une. Cette histoire pleine de bruit et de fureur, de souffrance et de larmes, n’est que le produit d’un jeu d’acteurs particulièrement doués. Mais s’il est légitime pour des comédiens de maîtriser l’art de l’illusion, nous oeuvrons assurément dans un autre registre, et nous attendons de la part du gouvernement et de son représentant que nous auditionnerons tout à l’heure d’autres aptitudes que celle-là. Car n’en doutez pas, nos interrogations, notre inquiétude méritent des réponses et éclaircissements qu’aucun artifice oratoire ne pourra jamais contenter. |