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« L’humanité s’installe dans la monoculture, écrivait-il ; elle s’apprête à produire la civilisation de masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat. »
La loi agricole votée ce mardi par la droite, accentue le mouvement. Le défi d’une agriculture diversifiée est abandonné. Avec la destruction des instruments de régulation de l’agriculture, toute l’économie agricole va entrer dans le libéralisme. Les faibles ne seront que les appâts des forts.
Par la voix de M. Bussereau, le Gouvernement a construit un édifice légal fragile en négligeant des pans entiers de besoins quotidiens des agriculteurs. La vision idéologique et partisane de la loi a déformé la réalité du terrain.
Ainsi, la création du fonds agricole a été présenté comme l’instrument d’une entrée dans le monde moderne, le monde de l’entreprise. C’est montrer là une ignorance coupable. Le ministre et sa majorité oublient que la révolution de l’agriculture d’entreprise a été opérée dès les années 1950. En Bretagne, à cette époque, Maurice Le Lannou appelait le monde agricole a adopter le « sens économique », et l’agriculteur à « améliorer son entreprise ».Chacun sait, en Bretagne, combien l’esprit des agriculteurs a été celui de véritables chefs d’entreprises et que cet esprit a permis de relever la Bretagne d’après guerre. La formation la technicité et l’effort quotidien de gestion des exploitants bretons sont déjà les attributs de chefs d’entreprises.
Monsieur Bussereau se paie de mots pour cacher les effets de sa loi. Le fonds agricole favorise la concentration agricole. Il est créé pour permettre aux exploitants sortant de vendre plus cher leurs exploitations. La conséquence sera plus de difficultés pour les jeunes qui voudraient s’installer. Seuls les plus riches, seuls ceux qui sont déjà installés, pourront venir reprendre les exploitations. La concentration et la perte d’emplois vont s’accentuer.
Confronté au renchérissement des coûts de l’installation, les jeunes devront changer d’objectif, nous a expliqué le Ministre. Et cette situation s’aggrave avec la mise sur le marché des droits à prime. Désormais, il faudra acheter le droit de toucher des aides publiques, sans même avoir comme obligation de produire, de travailler. Le Gouvernement fait là un pari irresponsable sur l’avenir de ces droits, que l’on sait déjà compromis avant 2013. Ajoutons à cela le renchérissement du prix des baux en contrepartie de leur cessibilité, et l’on voit bien que les facteurs économiques vont tous dans le sens d’une concentration encore plus forte et d’une désertification de nos territoires. Loin des discours sur le travail, c’est une économie dormante de propriétaires rentiers qui est favorisée.
Nous devons enfin parler des silences de la droite, dans cette loi. Le plus inquiétant apparaît être le silence sur les contrats d’intégration dont on sait, en Bretagne toute l’injustice. Le Groupe socialiste avait déposé des propositions, mais la droite les a rejeté, au motif que le Gouvernement n’a pas assez travaillé. Il n’a pas assez travaillé et les agriculteurs vont continuer de dépérir.
Au début des années 1950, l’abbé géographe Elie Gautier demandait : « Pourquoi les bretons s’en vont ? » A l’avenir, nous saurons pourquoi nos agriculteurs vont continuer de disparaître de notre région.
Tribune signée par Marylise Lebranchu, députée du Finistère et Jean Gaubert député des Côtes d'Armor publiée dans Ouest France le 24 octobre 2005 |