|
A travers ce combat médiatique, très personnalisé, l’opinion de l’électeur se forge plus sur la perception d’une personnalité que sur la réalité d’un engagement.
Est-ce grave ? Tout dépend du rôle que le ou la future élue entend faire jouer au Président. S’il nous le disait avant l’élection, le parler vrai, enfin, pourrait devenir réalité en politique ! Car il y a une contradiction forte entre l’enjeu supposé de l’élection présidentielle et le rôle réel du Président.
Quel est le vrai pouvoir du Président de la République ?
Certes, du fait de son élection au suffrage universel, sa légitimité est forte. Ou plutôt, elle était forte. Le quinquennat qui s’achève a sérieusement affaibli cette idée. La dispersion des voix entre une foule de candidats au premier tour peut encore faire de l’élu celui d’une petite minorité d’électeurs.
Certes, il nomme le Premier Ministre. Mais a-t-il réellement un choix libre, une fois connu le parti majoritaire à l’issue des élections législatives ?
Comment les candidats à la présidence peuvent-ils prendre des engagements sur tous les sujets, alors qu’ils savent que la Constitution dit clairement : « le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation » et « le Premier Ministre dirige l’action du Gouvernement ».
Deux orientations sont possibles : l’une vers un régime présidentiel, où le Président est en même temps chef du gouvernement ; l’autre vers un régime parlementaire où le Président ne gouverne pas. Le Parti Socialiste a esquissé ce débat lors de son congrès, il évoque une « nouvelle République » et le renforcement du pouvoir du Parlement, montrant sa préférence pour la seconde voie. La campagne présidentielle pourrait permettre de choisir et, c’est mon souhait, d’écarter clairement toute évolution qui pourrait flatter la tendance d’une partie de l’électorat vers un populisme autoritaire !
Un candidat à la fonction présidentielle peut-il annoncer qu’il ne « gouvernera » pas et sera un président modeste ?
Oui.
Candidat, il gagnera en crédibilité. Elu, il aura plus de poids comme garant des valeurs de notre démocratie, comme arbitre en cas de crise, comme défricheur ou vigie sur les questions de société. Il aura plus de capacité à favoriser le débat démocratique et à créer la confiance pour engager les réformes dont notre pays a besoin.
Un tel Président, ou mieux, une telle Présidente, pourrait réconcilier les Français avec la politique.
|