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Ces conclusions dépassent les habituels clivages : enseignants, parents, syndicats, partis politiques, différents courants internes au PS. Elles fédèrent les analyses diverses, les aspirations contradictoires, les doutes.
Ø Un combat politique majeur est la lutte contre les inégalités sociales : salariales, spatiales, liées au logement. La question n’est plus seulement de savoir s’il faut donner plus de moyens aux ZEP ou y envoyer « les meilleurs professeurs » (Moscovici) ; il s’agit bien de savoir dans combien de temps, on pourra les supprimer : 10 ans, 15 ans, 20 ans ? Cela exige une politique ambitieuse à court terme, moyen terme, long terme. Le réformisme politique c’est bien de faire disparaître les ghettos. Améliorer les ZEP, c’est de la simple gestion technique. Chacun-e a des devoirs envers la République, la République a aussi des devoirs envers chacun-e.
Ø Le deuxième axe fédérateur, c’est l’affirmation que la maîtrise de la langue française notamment à l’écrit est la priorité à l’école élémentaire et au collège. Le reste est important, mais là est l’essentiel.
Ø Le troisième thème qui émerge avec force, c’est l’exigence de la reconnaissance des différentes formes d’intelligence. L’intelligence technique, manuelle, artistique… doivent être prises en compte avec l’intelligence conceptuelle dès le collège. Ce dernier devra donc évoluer avec notamment des ateliers poly technologiques. C’est aussi un moyen de lutter contre l’échec scolaire et de traduire concrètement le passage du collège unique au collège pour tous. Chaque jeune doit pouvoir bâtir un projet. Il faut aussi développer les passerelles entre les différents lycées et porter un véritable regard positif sur l’enseignement professionnel et technologique. C’est une ambition pour la gauche et toute la société française : changement d’image, hausse des salaires, amélioration des conditions de travail dans de nombreux secteurs professionnels.
Ø Enfin, l’unanimité se réalise autour de l’université. Il y a urgence sur les conditions d’exercice. Il y a urgence à développer les études longues et courtes, à multiplier les licences professionnelles et les passerelles. Il y a urgence à faire de la recherche une ambition majeure.
v Des lectures ont nourri la réflexion au cours de ces Assises. Une idée forte émerge de plusieurs ouvrages : « le choix de Pascal » de Jacques Julliard, « la condition historique » et « pour une philosophie politique de l’éducation » de Marcel Gauchet, et « le goût de l’avenir » de Jean-Claude Guillebaud. Les trois écrivains interpellent la gauche dans ses fondements théoriques et les conséquences qui en découlent. L’homme, pour eux, n’est pas naturellement bon ; ni mauvais évidemment. Il est potentiellement les deux. L’importance de l’éducation face à cet enjeu est évidemment majeure. Il importe de faire vivre quelques principes, simples mais fondateurs : la règle, la loi, l’autorité et la valorisation du travail pour progresser. On en est, à craindre une régression de la civilisation sur le plan moral et éthique… et il ne faut pas laisser ces thèmes à la droite qui en ferait une croisade conservatrice.
v Apprendre à vivre avec les autres, parmi les autres, ne s’oppose évidemment pas à l’acquisition de véritables savoirs. L’influence des médias audiovisuels dans la construction de la personnalité des jeunes actualise encore plus l’importance centrale de la laïcité qui porte en elle, l’émancipation et l’acquisition progressive de la liberté de l’esprit.
v La rencontre avec Emmanuel Davidenkoff, journaliste à Libération, le 30 janvier 2004 à Brest a également été un temps fort de ces Assises. Le cœur de son message à notre égard est percutant et nous a profondément marqué : « les politiques portent une responsabilité majeure dans la dilution du patrimoine républicain. Ils ont, pour la plupart déserté tout discours idéologique sur l’école. L’école est avant tout en quête de sens. Pour les enseignants, la question des missions prime même sur les moyens. Si les enseignants sont aujourd’hui orphelins de quelque chose, c’est bien d’un idéal politique. L’instituteur, le professeur au début du XXème siècle étaient porteurs d’un projet politique et social qui les dépassait, qui les transcendait. Un siècle plus tard, la France est de nouveau confrontée à l’impérieuse nécessité de retrouver une cohésion nationale, en intégrant tous ses enfants, y compris ceux issus de l’immigration. Il s’agit de formuler un projet politique fort, susceptible d’armer les nouveaux hussards de la République.
Les enjeux politiques ancrent cette question d’actualité dans l’histoire.
Et ce n’est pas un républicain nostalgique qui parle ainsi…
Jean Giono écrivait que « les poètes devaient être les professeurs de l’espérance ». Avec nos Assises de l’Education, avec le projet que nous allons inventer, nous tous aussi militants socialistes, nous devons être les
PROFESSEURS DE L’ESPERANCE
Gilbert Gramoullé
Délégué fédéral à l’Education |