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Le Finistère a besoin d’un cap.

« Manque de perspective, manque de profondeur », c’est le principal reproche adressé par Kevin Faure, co-président du groupe Finistère et Solidaires, au président du Conseil départemental dans son discours d’ouverture de la session budgétaire du 8 février.

En préambule de cette session budgétaire, Bernard Pelleter, ancien maire de Mellac a rendu hommage à Louis Le Pensec avant que l’assemblée observe une minute de silence en mémoire de celui qui, de 1976 à 2008, fut le conseiller général du canton de Quimperlé.

« Chers collègues,

2024 est une année où l’Olympisme animera le pays tout entier sous le regard attentif de la planète entière. Quelques jours après la fin du mois de janvier, j’adresse néanmoins à toutes et tous mes meilleurs vœux. Des vœux pour que les sept valeurs olympiques et paralympiques, celles d’amitié, de respect, d’excellence, de détermination, d’égalité, d’inspiration et de courage, rayonnent auprès de chaque Finistérien pour cette nouvelle année.

Cependant, loin de ces nobles valeurs olympiques, c’est désormais un vocabulaire guerrier qui prédomine : Réarmement citoyen, réarmement économique, réarmement agricole, réarmement politique… Sommes-nous en guerre au sein même de notre pays ?

Un appel au réarmement pour que nos concitoyens s’arment. S’arment de quoi ? S’arment contre qui ? La nouvelle génération revendiquerait davantage d’ordre et d’autorité. Est-ce ce qui justifie le vocabulaire martial, voire autoritaire, parfois, infantilisant. « Réarmement citoyen », des mots propres du président de la république ? Ou « tu casses, tu répares, tu salis, tu nettoies » de la part du nouveau premier ministre.

Il me semble que c’est davantage de sens et de cohérence qu’attendent les Français, notamment les plus jeunes.

Cette perte de repères découle d’un manque de cap

À mes yeux, cette perte de repères découle d’un manque de cap, de boussole, principalement depuis 2017. Le « et en même temps » vanté comme une innovation politique est avant tout un aveu criant d’une difficulté de cohérence, d’une difficulté de projection lucide.

C’est bien dommage lorsque l’on entre en guerre, sur le champ de bataille, d’avoir perdu ses repères, de confondre sa droite et sa gauche, son est et son ouest. On risque souvent de se tromper de camp, voire de se tromper d’adversaire.

Fixer un cap pour notre pays est une cause noble et cruciale à l’heure où la montée du populisme est permanente, exploitant toutes les fragilités locales et sociales.

Nous avons besoin d’un cap clair et non d’un général, chef de guerre, voire d’un colonel autoritaire.

Un changement de gouvernement est l’occasion de redonner du sens et d’impulser une nouvelle dynamique. Notre pays en a bien besoin. Pour autant, le discours de politique générale de Gabriel Attal suscite de nombreuses inquiétudes quant aux ambitions portées par ce nouveau gouvernement. Détricotage ou mesurettes, chacun tranchera. Mais ce qui prédomine, c’est l’absence de trajectoire ancrée sur les besoins réels de notre pays. Une ambition de réforme juste est nécessaire.

Réunis ici au sein du conseil départemental du Finistère, que penser de ce discours gouvernemental dont la réforme du grand âge est totalement absente ? Nous l’appelons tous de nos vœux depuis des années. Le défi est considérable et le Premier Ministre ne donne pas d’ambitions fortes en la matière. Nos EHPAD souffrent de ce manque de planification. A l’heure où la bombe sociale du logement a explosé, d’après le dernier rapport de la fondation abbé Pierre, on bricole sur les critères de la loi SRU en indiquant vouloir réformer le logement social pour que, désormais, on s’intéresse davantage aux classes moyennes. Pourtant, les listes d’attente d’attributions de logements sociaux s’allongent de familles modestes, voire très modestes. Et l’effort national n’irait pas massivement pour celles et ceux qui ont le plus besoin ?

Nos concitoyens souffrent et le gouvernement regarde ailleurs

Nos concitoyens souffrent et le gouvernement regarde ailleurs. L’annonce de la suppression de l’allocation de solidarité, l’ASS, pour les demandeurs d’emploi en fin de droit est un recul net de la politique de solidarité nationale. Cela réduira pour les bénéficiaires le droits à la retraite et augmentera directement le nombre d’allocataires du RSA. Pour les conseils départementaux, c’est une très mauvaise nouvelle car, sans transfert de ressources, ce transfert de charge, grèvera très fortement les budgets départementaux.

Alors que de plus en plus de Français basculent dans la précarité, le gouvernement retire progressivement les mailles du filet de protection sociale qui accélère ce mouvement. Terrible recul pour les Français.

La constitution complète d’un gouvernement, tardant depuis un mois, laissant de nombreux secteurs sans capitaine de navire, c’est inédit et terrifiant.

Dans le secteur de la protection de l’enfance, durant un mois, rien n’a réellement avancé, alors que la situation des enfants dans ce pays s’aggrave.

Ces nouvelles méthodes du « et en même temps » rythmées par des séquences de communication permanente pour une société avide d’immédiateté bouleversant la perception citoyenne de l’action publique. Cela frôle parfois la brutalité, tant les perspectives et le manque de profondeur distendent les liens structurels entre les citoyens et leurs décideurs.

Manque de perspective, manque de profondeur, c’est aussi ce que l’on pourra souligner tout à l’heure lors du débat sur le budget primitif de notre collectivité départementale. Délibérer sur un budget, c’est réussir l’adéquation d’orientations politiques avec des éléments budgétaires clairs pour donner une perspective, un cap à notre collectivité, à ses agents.

Et aussi à ses partenaires.

Pour parvenir à fixer un cap sincère, il faut une méthode et des moyens à la hauteur des enjeux.

La construction de l’action publique doit continuellement répondre aux attentes des Finistériens en associant à la décision les partenaires, les habitants, les agents.

Tout d’abord la méthode.

Je crois profondément que nous avons une divergence d’approche sur la méthode de construction de l’action publique. Comme pour le gouvernement Attal, vous avancez en chef de guerre avec autorité et certitude, en imposant vos décisions, souvent en manquant d’humilité sur la complexité de certaines thématiques. Et avec l’assurance que votre vision est forcément unanime.

Je considère que la construction de l’action publique doit continuellement répondre aux attentes des Finistériens en associant à la décision les partenaires, les habitants, les agents.

La co-construction n’est pas un mantra d’idéologues, c’est l’attente des habitants qui souhaitent participer, avec leurs représentants, à la décision.

Lorsque vous organisez progressivement la défaillance de partenaires associatifs, faites-vous avancer l’action publique ? Je pense qu’au contraire, par votre action, le Département recule.

Lorsque vous imposez de manière assez unilatérale un sort aux places de pêche, en Finistère comme à Loctudy, faites-vous avancer l’action publique ? Je pense qu’au contraire, vous heurtez les professionnels et les acteurs locaux par manque d’association à l’analyse et à la décision.

La méthode, vous l’aurez compris, nous ne partageons pas, car elle est trop brutale dans son approche et bien souvent trop solitaire.

Ensuite, pour parvenir à donner un cap il faut se doter de moyens à la hauteur des enjeux.

J’évoquais le sentiment que le Conseil départemental recule. En effet, dans le champ des politiques départementales plusieurs secteurs reculent budgétairement. On y reviendra tout à l’heure, sur le champ de l’insertion, la trajectoire d’évolution du nombre d’allocataires montre une diminution de 9% d’allocataires du rsa. Un retour à l’emploi qu’on peut saluer, mais vous imposez une trajectoire budgétaire à la pente bien plus raide de plus de 11 % de diminution, soit une perte de quatorze millions d’euros sur le budget de l’insertion.

Dans le champ de l’agriculture, thématique d’actualité sur laquelle je ne m’étends pas ici, on y reviendra cet après-midi, à l’occasion de la délibération sur le plan agriculture et alimentation, le Conseil départemental voit son budget reculé de 28% en deux ans. Alors que le soutien auprès des agriculteurs doit être- et il l’est- unanime. 28% de budget en moins sur le champ de l’agriculture.

Dans le champ des politiques européennes et de coopération internationale vous divisez par quatre le budget en deux ans.

Dans le champ de l’action sociale de proximité, dont chacun sait ici l’importance capitale d’un maillage de proximité via les territoires d’action sociale, le budget est également en recul.

Dans le champ du développement durable, recul en deux ans de 4,5 millions d’euros. Et ce n’est pas l’intégration de certains projets dans le pack Finistère 2030 qui justifie totalement ces réductions budgétaires.

Vous défendez vouloir avancer vite depuis deux ans et demi. Mais dans la réalité de nombreux secteurs, vous donnez l’impression d’avancer, alors que vous reculez.

Faire semblant d’avancer tout en reculant, j’appelle cela la politique du moonwalk.

Certes, vous bénéficiez d’une aisance de communication. Mais la simplicité des pactes et des plans l’action contribue à une stratégie de masquage des reculs que vous imposez.

Il est vrai que toutes les politiques ne reculent pas et il ne serait pas sincère de le laisser penser.

En revanche pour bâtir une action publique saine, transparente et démocratiquement respectueuse, vos délibérations gagneraient en sincérité si elles présentaient factuellement ces reculs budgétaires, en indiquant précisément les engagements financiers que notre collectivité abandonne.

Tous, responsables de l’action publique, autour de ces bancs, il serait bon d’exprimer unanimement une volonté de renforcement des services publics, notamment ceux de proximité. Un vœu unanime, droite et gauche confondues, s’est exprimé au conseil municipal de Brest cette semaine, pour la défense des services publics de proximité, notamment des services postaux.

Décideurs de l’action publique en Finistère, nous devons entendre ces expressions collectives d’un nécessaire renforcement des services publics. Sanctuariser le maillage des Cdas dans notre département et non les faire reculer, comme vous le prévoyez, à Lambézellec pour la plus grande inquiétude des professionnels du secteur.

Mais aussi, souvenons-nous, le 31 janvier dernier, nationalement, les centres sociaux se sont mobilisés pour faire entendre leurs alertes face aux besoins majeurs d’engagements politiques forts, pour faire vivre dans nos villes, dans nos campagnes, dans nos quartiers, ces centres sociaux qui contribuent efficacement au mieux vivre ensemble.

Hélas, votre trajectoire budgétaire ne contribue pas en ce sens en Finistère et, au contraire, le financement des centres sociaux en Finistère s’étiole.

Porter un soutien à l’ensemble des parents d’élèves. Vous venez de le faire. Je m’y associe.

Aux parents d’élèves, aux élus locaux, aux équipes éducatives qui se battent contre les nombreuses fermetures de classes et de suppressions de postes dans les établissements scolaires en Finistère. Ce n’est pas un bon signal pour les services publics de proximité.

Arrêtez la culture de l’appel à projets permanent en remplacement des politiques partenariales, car cette culture rompt avec la possibilité de projection des associations qui œuvrent pour le service public que nous organisons.

Faire confiance à des acteurs locaux en pérennisant leurs subventions

Et enfin, faire confiance à des acteurs locaux en pérennisant leurs subventions et non en supprimant ou réduisant brutalement les crédits départementaux, comme vous le faites à bien des endroits. Dernier exemple en date : l’association ASAD en pays de Morlaix.

Enfin, plus de services publics, plus d’efficacité dans l’action publique s’accompagne par une organisation humaine, structurée avec des agents de la fonction publique. Je tiens à souligner tout particulièrement l’engagement des hommes et des femmes qui ont réussi à maintenir des services publics durant les dernières crises- celle du covid, de manière durable, comme celle d’une crise sociale intensifiée par l’inflation. Mais également lors des crises plus ponctuelles des incendies des monts d’Arrée ou celle de la tempête Ciaran.

La fameuse résilience de l’action publique nécessite des moyens à la hauteur des besoins, avec une valorisation juste de tous les métiers, une reconnaissance du haut niveau d’engagement et surtout, une pérennité de leur statut. Nous y reviendrons cet après-midi lors du budget. Mais Le recours permanent à des agents non titulaires de la fonction publique, en témoigne le triplement du nombre d’agents contractuels dans notre collectivité en deux ans, ne permet pas de construire des bases saines d’une organisation de service public durable.

Convaincre. Respecter tous les acteurs du département. Et nous doter des justes moyens, à la hauteur des ambitions politiques. C’est votre rôle, monsieur le président, et votre responsabilité auprès de tous les élus réunis ici, auprès des agents, dont certains viennent aujourd’hui dialoguer avec nous, et à qui, j’espère, vous permettrez un moment d’expression ce matin, durant notre séance.

Alors je vous ai entendu à plusieurs reprises vous battre pour obtenir des buts de guerre.

Si j’ajoute ce vocabulaire, guerrier encore une fois, à l’absence de cap et de profondeur de l’action publique de votre projet politique, je vous trouve mûr pour intégrer le gouvernement de Gabriel Attal, qui souffre des mêmes symptômes martiaux et vides de sens. Alors, votre téléphone sonnera-t-il aujourd’hui pour vous proposer un poste parisien tant espéré ?

En attendant, il manque un cap depuis deux ans et demi pour penser le Finistère de demain et après-demain. Hélas, ce n’est pas lors de la séance budgétaire 2024 qu’il sera présenté.

La sincérité fait toujours partie hélas des premières victimes de guerre. C’est son absence qui prédomine aujourd’hui dans les orientations politiques nationales et des orientations budgétaires départementales. Nous le regrettons. »

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