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Il suffisait d’une étincelle…

Fin 2018, Rémi Mer publiait « Dans la tête d’un jeune agriculteur » aux éditions Skol Vreizh. (*)  Un peu plus de 7 ans après, alors que le monde agricole s’engage dans une mobilisation de grande ampleur, il nous explique que si ce mouvement apparaît unitaire, la situation est plus complexe qu’il n’y paraît et que le gouvernement aura du mal à répondre aux attentes des manifestant-es. 

Pensez-vous que les 20 jeunes agriculteurs que vous avez interrogés dans votre livre en 2017 sont aujourd’hui sur les barrages ? 

Rémi Mer : Sans doute que certains y sont, mais je ne suis pas certain que toutes et tous y soient. L’agriculture est diverse et si on peut parler d’une crise générale, toutes les exploitations ne sont pas menacées de la même manière, selon qu’elles sont en conventionnel, en bio, en circuits courts…Certaines se portent bien, d’autres sont en difficultés, et d’autres sont au bord de la faillite. Il faut bien mesurer ce que ça implique, pour des agriculteurs de quitter leurs exploitations pour participer aux barrages. C’est vrai que c’est plus facile maintenant qu’à la période des semis ou des moissons. Mais il faut tout de même s’occuper de la ferme et des bêtes et le travail qui n’est pas fait maintenant devra l’être après.

Comment expliquez-vous que la mobilisation soit partie du Sud-Ouest ? Et pourquoi précisément maintenant ? 

Rémi Mer : Oui, contrairement à 2015, où le mouvement était parti du Nord-Finistère, cette fois, c’est dans le Sud-Ouest que les premiers barrages sont apparus. C’est une région où s’accumulent les difficultés : les effets du changement climatique s’y font durement sentir, l’accès à l’eau constitue un enjeu vital dans cette région où prédominent les petites exploitations. A cela il faut ajouter que le Sud-Ouest, zone de production de foie gras, a été durement frappé par la grippe aviaire. Et la vigne traverse une crise particulièrement grave qui se traduit par l’arrachage de milliers d’hectares.

Pourquoi maintenant ? On ne peut pas dire qu’on ne pouvait pas prévoir ce mouvement. Voilà des années que l’agriculture est en crise, avec des différences cependant notables entre les filières et les modes de production. On a vu récemment l’opération des panneaux d’entrée de communes renversés qui montrait déjà qu’il y avait un malaise dans la profession. Mais on était plus dans le domaine de la communication que de la revendication. Là, on sent bien, malgré les différences, une envie de manifester, de se retrouver, de se montrer, d’être ensemble, de faire corps, au-delà des différences.

Il est difficile de trouver une cause unique. C’est plutôt une accumulation de raisons qui convergent et aboutissent à ces blocages : les mesures européennes sur les produits phytosanitaires, la question du gasoil non routier, le classement de certaines constructions en bâtiments industriels. Mais il y a aussi la perspective du Salon de l’agriculture. Les exemples allemands et hollandais, aussi, je crois, ont joué un rôle important et stimulant. Je n’oublie pas, non plus, que les organisations syndicales agricoles sont en pré-campagne pour les élections aux chambres d’agriculture l’année prochaine. Tous ces éléments contribuent à expliquer qu’à un moment, les agriculteurs se mobilisent et bloquent les routes.

L’Etat semble l’unique interlocuteur. D’autres acteurs, économiques ou institutionnels n’ont-ils pas, aussi, un rôle à jouer dans le dénouement de cette crise ? 

Rémi Mer : Effectivement, c’est l’État qui est en première ligne. Or, les relations qu’entretiennent les agriculteurs avec l’État sont assez contradictoires. D’un côté, comme je l’avais souligné dans mon livre d’entretiens, les agriculteurs ne font absolument pas confiance aux élu-es nationaux et à l’État. Et pourtant c’est vers lui qu’ils se tournent, pour lui demander de résoudre la crise et, souvent, de ne pas se mêler de leurs affaires, ce qui peut paraître assez paradoxal.

Cependant, d’autres acteurs sont concernés par la question de la crise agricole et du revenu des agriculteurs et je pense évidemment à la grande distribution ou aux entreprises agroalimentaires comme Lactalis qui commencent à être la cible de certains manifestants. Quand je vois, encore aujourd’hui, des publicités pour des côtes de porc à un peu plus de 3 euros le kilo, je pense qu’on marche effectivement sur la tête.

les revendications ne portent pas que sur des aspects financiers. Elles appellent des réponses plus profondes sur le sens même de l’agriculture

La tâche du gouvernement ne va pas être simple. Il devra en effet apporter des réponses, très rapidement, à toutes les revendications sous la menace d’un blocage du pays. On a besoin d’un État stratège, capable de répondre aux enjeux immédiats du court terme et de se projeter dans le long terme. Or, il vient juste de reporter son projet de loi d’orientation agricole qui ne répondait absolument pas aux revendications actuelles. Je me souviens qu’en 2015, alors que Manuel Valls était premier ministre, le gouvernement avait accordé 3 milliards en quelques jours. Mais pour quels résultats ? Et je ne suis pas certain qu’aujourd’hui le même scénario soit reproductible. D’une part parce qu’il n’est pas sûr que les finances publiques puissent être mises à contribution à cette hauteur.

Et d’autre part, parce que les revendications ne portent pas que sur des aspects financiers. Elles appellent des réponses plus profondes sur le sens même de l’agriculture. Que produire ? Avec combien d’agriculteurs ? Quelle part de leur revenu les Françaises et les Français sont-ils prêts à consacrer à leur alimentation ? Etc. Or, pour répondre à ces questions il faut avoir les idées claires sur les missions que nous voulons confier aux agriculteurs. Et il ne me semble pas que le gouvernement, ni personne d’autre d’ailleurs, aient vraiment des réponses fortes à apporter aujourd’hui. Il est bien loin le temps des grandes lois d’orientation agricoles portées par quelqu’un comme Edgard Pisani mais c’est pourtant bien à cette tâche que nous devons tous nous atteler pour la survie de notre agriculture.

(*) voir l’interview de Rémi Mer publiée dans Cap Finistère le 25 janvier 2019 

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